Au Caire, la solennité du moment se mêlait à l’émotion et à l’espoir. Devant un parterre de plus de deux mille invités, chefs d’État, anciens dirigeants, ministres, diplomates, entrepreneurs et représentants d’institutions africaines et caribéennes, le Dr George Elombi a prêté serment, devenant ainsi le quatrième président de la Banque Africaine d’Import-Export (Afreximbank) et président de son Conseil d’administration.
La cérémonie, présidée par M. Wale Edun, ministre nigérian des Finances et coordonnateur de l’Économie, a marqué la fin du mandat du professeur Benedict Oramah, figure emblématique qui aura profondément transformé l’institution.
Dans son discours inaugural, le Dr Elombi a tenu à saluer cet héritage avant de tracer les contours d’une nouvelle ère pour la banque panafricaine : une ère axée sur la production locale, la transformation industrielle et le commerce intra-africain.
« La structure actuelle du commerce mondial n’est pas favorable à l’Afrique, trop dépendante de l’exportation de matières premières », a-t-il affirmé. « Si nous voulons transformer cette structure, nous devons produire. Car sans production, il n’y a pas de commerce. »
Cette vision, articulée autour d’une Afrique qui crée de la valeur sur son propre sol, s’inscrit dans la continuité d’un modèle économique plus souverain. Dans les cinq à dix prochaines années, Afreximbank compte concentrer ses efforts sur les secteurs à fort impact, notamment la valorisation des ressources naturelles et la transformation des minéraux stratégiques.
« Nous allons mettre en place une nouvelle fenêtre de financement dédiée aux projets de transformation des minerais en produits semi-finis ou finis », a annoncé le nouveau président. « Un programme de développement des minéraux stratégiques sera créé pour soutenir toute la chaîne de valeur, de l’extraction à la fabrication, et créer des emplois qualifiés en Afrique. »
Le Dr Elombi a également insisté sur la nécessité de renforcer le commerce intra-africain et l’intégration régionale, soulignant que le succès de cette stratégie dépendra de la capacité du continent à créer un marché unique et fluide.
« Nous devons lever les barrières commerciales, améliorer les infrastructures transfrontalières et favoriser la libre circulation des biens, des services, des personnes et des capitaux. Afreximbank continuera à jouer un rôle catalyseur dans la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). »
Parmi ses autres priorités figurent le développement d’infrastructures commerciales essentielles, la digitalisation, avec l’ambition d’explorer une monnaie numérique panafricaine, le renforcement de l’intégration financière et la mobilisation du capital africain global.
Pour le nouveau président, le succès d’Afreximbank repose sur la force de ses alliances et la solidité de sa base financière :
« Seule une institution solide et bien capitalisée peut soutenir les transformations dont l’Afrique a besoin. Notre mission dépendra de la puissance de nos partenariats et de notre capacité collective à agir. »
Le Dr Elombi n’a pas manqué de dénoncer les narratifs hostiles visant les institutions financières africaines contrôlées par des Africains, non pas à cause de leurs échecs, mais précisément parce qu’elles réussissent.
« Le statut de créancier privilégié d’Afreximbank n’est pas un cadeau. Il est inscrit dans notre traité fondateur, signé par tous les États membres », a-t-il rappelé avec fermeté.
La cérémonie, ponctuée des interventions de personnalités telles que Hassan Abdalla, gouverneur de la Banque centrale d’Égypte, Louis-Paul Motazé, ministre camerounais des Finances, Aliko Dangote, fondateur du groupe éponyme, Selma Malika Haddadi, vice-présidente de la Commission de l’Union africaine, et Terrance Drew, Premier ministre de Saint-Kitts-et-Nevis, a célébré plus qu’un passage de témoin.
Elle a consacré une vision : celle d’un continent en quête de maîtrise sur sa destinée économique, décidé à produire, transformer et échanger selon ses propres règles, une Afrique qui ne subit plus les termes du commerce mondial, mais les redéfinit.
