Le milliardaire nigérian a pris un engagement ferme devant deux présidents africains lors du sommet organisé par l’institution panafricaine financière « AFC » à Nairobi : une raffinerie de 650 000 barils par jour à Tanga, en Tanzanie, et le pétrole congolais est dans l’équation.
C’est une phrase lancée presque en passant par le Président kényan William Ruto qui a changé l’atmosphère du panel. Une raffinerie commune est en discussion à Tanga, en Tanzanie. Pas au Kenya. Pas en Ouganda. À Tanga, pour servir quatre pays à la fois, dont la République Démocratique du Congo.
Aliko Dangote, assis à quelques mètres, n’a pas hésité :
« Si les gouvernements soutiennent le projet, nous construirons une raffinerie identique à celle de Lagos, 650 000 barils. Rien ne peut l’arrêter. »
Pourquoi Tanga ? Parce que l’infrastructure est déjà là
Tanga est un port tanzanien situé à moins de 500 kilomètres de Mombasa, le grand port kényan. Entre les deux villes, un pipeline conjoint Kenya-Ouganda existe déjà. Il suffit d’un court tronçon supplémentaire pour connecter ce réseau à la future raffinerie. Ruto l’a résumé simplement :
« Nous avons juste besoin de construire un court pipeline de Tanga à Mombasa, et les produits finis utiliseront le pipeline que nous possédons déjà avec l’Ouganda. »
Le projet ne repart pas de zéro. Il s’appuie sur ce qui existe déjà. C’est ce qui le rend crédible.
La RDC est nommée, et c’est important
Le Président Ruto a été explicite : la raffinerie sera alimentée par le pétrole de l’Ouganda, du Kenya, du Soudan du Sud, et de la RDC. Le pétrole du Graben Albertine, à l’est du Congo, à quelques kilomètres de la frontière ougandaise, est directement concerné.
Pourquoi c’est une bonne nouvelle pour les Congolais ? Parce que la RDC produit du pétrole brut mais importe presque tout son carburant raffiné, une absurdité économique qui coûte des milliards chaque année. Contribuer à une raffinerie régionale, c’est transformer ce pétrole chez soi, ou presque, plutôt que de l’envoyer se faire traiter à l’autre bout du monde avant de le racheter plus cher.
Dangote : pas un rêveur, un constructeur
Le projet de raffinerie de Tanga n’est pas encore sorti de terre. Ce sont encore des discussions, des engagements conditionnels, des intentions déclarées devant caméras et journalistes. L’histoire africaine est jonchée de projets régionaux annoncés avec fanfare et enterrés sans bruit.
Mais quelque chose est différent cette fois. Dangote n’est plus un entrepreneur qui rêve, c’est un industriel qui livre. Sa raffinerie de Lagos existe, fonctionne, exporte. Les gouvernements kényan et ougandais partagent un pipeline depuis des années et en ont tiré des enseignements concrets.
Et surtout, la logique économique du projet est imparable. Une raffinerie régionale à Tanga, si elle se concrétise dans les délais annoncés, transformerait structurellement le marché énergétique d’une région de 300 millions de personnes, réduisant la dépendance aux importations, stabilisant les prix à la pompe, créant des emplois industriels, et générant les pétrochimiques dont les économies locales ont désespérément besoin.
La seule chose qui manque
Le Président Ruto a posé la question directement :
« Nous avons la matière première. Nous avons le marché. Nous avons le capital. Nous avons les industriels. Pourquoi échouerions-nous ? »
La réponse est politique. Il faut que les gouvernements acceptent que la raffinerie soit en Tanzanie et non chez eux. Que les investisseurs kényans aillent financer une usine en Ouganda. Que chaque pays joue son rôle dans un projet régional plutôt que de vouloir tout garder pour lui. C’est précisément ce type de maturité qui a toujours manqué, et que ce projet exige.
Dangote a livré Lagos. La question est de savoir si les dirigeants de la région livreron les conditions pour que Tanga suive.
