RADIO TOP CONGO, UNE ŒUVRE AVANT-GARDISTE

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Veillée  d’armes  dans les tranchées Énonciation politique de Top Congo Fm  en RD Congo

Cet ouvrage est  du professeur Achille Bundjoko Iyolo et de l’assistant Oscar Mbal Kahij, tous deux œuvrant au département des Sciences de l’Information  et de la Communication, Faculté des Lettres de l’Université Pédagogique Nationale. Les matériels empiriques d’analyse sont livrés essentiellement par Parlons-en et Le Débat.  Nos préoccupations s’intéresseront à deux paramètres d’échanges essentiels,  notamment  le cadre organisationnel et les visées  de ces émissions  pour boucler entièrement l’écriture  de l’ouvrage.

En attendant  de mettre à votre disposition les quelques questions qui  nous permettrons de compléter nos analyses et pour une imprégnation de l’idée globale de l’ouvrage, nous  nous soumettons au jeu de présentation par une double entrée :

  1.  Nous  nous faisons le devoir et l’honneur de  vous envoyer  cette introduction de cet ouvrage ;
  2. Par quelques énoncés ayant servi des mobilisateurs, nous allons illustrer le jeu de positionnement  cette énonciation politique.

Merci de votre bonne compréhension pour participer davantage à  cette veillée d’armes dans les tranchées de la participation citoyenne comme énonciation politique.

A. Introduction générale

Nous évoquons l’énonciation politique de la chaine de radio Top Congo Fm à travers Parlons-en et Le Débat. Ces  deux émissions phares sous forme de magazine dans le programme de cette chaine privée couvrent sur l’ensemble plus au moins le ¼ de temps  d’antenne cumulé pour le direct et la rediffusion par jour, de lundi à vendredi. Le  procès de l’énonciation met aux goûts du jour le jeu de positionnement  par l’échange entre  divers protagonistes du moment où un locuteur émet des énoncés qui mobilisent des  interlocuteurs et des allocutaires tout en s’y insérant et en y laissant chacun ses marques. Cette analyse permet de mettre en relief les entrées à travers l’audible informationnel des uns et les dispositifs discursifs des autres sur la gestion de la chose publique comme instance d’ancrage pointant du doigt « des mobilisateurs »[1] divers qui fondent l’insertion des protagonistes dans leurs propres énoncés et permettent ainsi de marquer leur subjectivité et leur positionnement.

Comment ces émissions  participent-elles au jeu politique avec ses animateurs – trois pour Parlons-en et quatre autour de Le Débat – n’évoluant pas dans un cadre  de pouvoir  institué ? Comment à  travers l’audible informationnel et les dispositifs discursifs de ces magazines pouvons-nous dégager le jeu de pouvoir des protagonistes ?  De quelles manières les acteurs ainsi évoqués co-construisent-ils cette énonciation politique ? S’engageant sur le cheminement de l’énonciation politique, deux postulats  servent de ligne conductrice à toute l’analyse. Cela étant, il s’agit  notamment  d’admettre :

  • Comme Jean-François Bayart,  nous espérons saisir le jeu intime des relations entre les différents acteurs du système social[2] à travers l’audible informationnel résultant de Parlons-en et Le Débat. Contrairement à cet auteur et ses amis, le jeu intime des relations à saisir ne reste  coincé ni par « les gens d’en-haut » ni par « les gens d’en-bas ».  Face à tout gouvernant, « les gens de décret », se développe un micro-pouvoir soit consensuel, soit contraire ou même très contradictoire sous diverses modalités (résistance, dénonciation, critique, manifestation, rejet, négociation, consensus, soumission, subordination, etc.), ce qui met en exergue l’idée du pouvoir sous le régime de dispositif. Suivant cette logique, tout micro-pouvoir devient, selon Michel Foucault[3] soit une adhésion soit  une récusation ou une mise en cause du dispositif des gouvernants sous quatre paramètres ou variables :
  1. Les dits (des discours, des institutions, des décisions réglementaires, des lois, des mesures administratives, des énoncés scientifiques, des propositions philosophiques, morales, philanthropiques) ;
  • Les non-dits  dans ses jeux de coulisse ;
  • La nature du lien existant entre ces éléments hétérogènes ;
  • La formation historique donnée comme une fonction stratégique dominante et majeure.
  • Prolongeant Achille Mbembe, nous admettons aussi que le jeu de pouvoir dont il est question fait appel à trois acteurs : les « acteurs dirigeants » à travers leurs discours et agir, des « acteurs populaires »[4] en écho des actions sociales des premiers cités et en tout état de cause les médiateurs dans un système qui met face à face explicitement  quatre partenaires par le biais de Parlons-en et Le Débat. C’est bien cet affrontement des uns et des autres qu’il convient de mettre à la lumière du jour. Tout compte fait, cette énonciation politique va porter le jeu sur trois acteurs contrairement à divers travaux pour permettre de clarifier cette problématique  de la production sociale où l’on a les gouvernants ou acteurs dominants (producteurs de contenu,  stratèges),  les gouvernés ou acteurs subordonnés (dominés, tacticiens, braconniers, consommateurs) et les médiateurs.

Cela étant, on peut traduire cette énonciation politique à la lumière des analyses de Sylvain Shomba Kinyamba. En effet, pour lui,  les situations sociales de contrôle politique même accentuées n’évacuent jamais complétement l’intervention des groupes sociaux subordonnés à la lumière de ce que pensaient D. Easton  qui postule la présence de leur rôle dans le fonctionnement des systèmes politiques, ou au sein des appareils de domination avec N. Poulantras  ou  encore A. Tourraine dans la production sociale.  Pour lui, cette idée de la politique par le bas veut aussi dire :

  1. Restituer l’inaccessibilité du vernaculaire pour l’État ;
  2. Reconnaitre dans un régime autoritaire des pratiques et des enjeux autres que les idéologies avouées et les politiques publiques ;
  3. Admettre que les diverses formes odieuses de violence véhiculent des revendications vécues comme légitimes et qui finiront peut-être par  être acceptées en tant que telles ;
  4. Identifier les limites et l’ambivalence  des rapports de pouvoir même lorsque la dénonciation de l’impérialisme ou du totalitarisme leur confère une clarté trompeuse ;
  5. Sérier les interpénétrations et les ramifications dont se nourrit l’État-rhizome au-delà de l’opposition canonique entre État et société ;
  6. Repérer les registres de la « servitude volontaire » et de ce consentement qui est « la part du pouvoir que les dominer ajoutent à celles que les dominants exercent directement sur eux ;
  7. Se soucier de l’économie politique et morale de la domination ;
  8. Démêler l’écheveau de l’imbrication des durées inhérentes à l’historicité des sociétés et en précisant les plans de continuité et de discontinuité sous-jacents à ces dernières[5].

Il faut bien se réserver et se garder de croire que nous allons démêler tout l’échafaudage heuristique mis en branle pour mener cette investigation. Cela dit, nous restons dans le principe au regard du cadre empirique circonscrit pour éviter d’éparpiller les efforts.

Il existe, certes, différents travaux sur les médias congolais,  l’énonciation et la pragmatique médiatique sous divers ordres. Très peu se sont aventurés sur cette trajectoire de l’énonciation politique, surtout à travers ces deux magazines notamment Parlons-en et Le Débat de Top Congo Fm.  Deux ouvrages notamment de Jean-Marie Dikanga Kazadi et Jean-Claude Matumweni[6] méritent ici quelques considérations. Le premier convoque le jeu interactif de la communication politique à travers l’émission Les deux sons de cloche de la RTNC. Cette émission met en exergue le nouvel espace public congolais naissant dès la sortie de la conférence nationale. Par contre, le second ouvrage aiguille  l’aventure avant-gardiste du Journal Télévisé en Lingala Facile par le biais du jeu de la proximité, de la transgression des normes contraignantes de l’information télévisée, de l’adoption du langage de la rue comme libération des normes du parler légitime. Tout était lu sous l’angle du contentieux linguistique, de l’information de proximité, des théories de l’énonciation,  de l’analyse sous le modèle de la télévision actrice et des aspects du concept d’avant-garde.

Par ailleurs, comme les protagonistes naviguent dans une situation de communication, il importe de reconnaitre l’existence de trois paradoxes  notamment  [7] :

  • Le paradoxe de la méta communication pour dire  que

toute communication est en même temps une communication

sur elle-même ;

  • Le paradoxe de la communication permanente qui se résume

par tout est communication ;

  • Le paradoxe des enjeux et des moyens  qui laisse penser que

toute communication met en face des finalités, etc.

Cette approche communicationnelle va rejoindre différents « processus communicationnels » qui sont à ce stade au nombre de six : la construction du sens, la construction des référents  collectifs, la structuration des relations, l’expression de l’identité des acteurs, la transmission de l’information, l’influence[8]. Indiquons  dans ce cas que :      

  1. La construction de sens, un des  premiers enjeux de la communication,  se situe dans l’intercompréhension, donc la construction de sens. Pour y parvenir, nous passons par le processus de contextualisation ;
  2. La construction des référents collectifs  relève de l’ordre idéel, symbolique  et des représentations sociales ;
  3. La structuration des relations indique le jeu de positionnement,  de la  place que chaque partenaire occupe ;
  4. L’expression de l’identité  interne de l’acteur est en rapport avec la  personnalité de l’acteur ;              
  5. La transmission de l’information  est traduite par la quantité de  nouveauté contenue par l’information, sa détention, son objectivité ou sa subjectivité ;
  6. L’influence  présage que toute communication comporte nécessairement un certain changement  sur l’autre même si cette volonté est minime.

Finalement, tout procès de communication est un jeu de pouvoir étant donné que celui-ci irrigue toute relation sociale. De ce point de vue, nous nous engageons dans une acception relationnelle au-delà du positionnement institutionnel à travers un jeu d’influence quel qu’en soit  la nature ou le format dans toute production sociale. 

En entrant dans le champ des SIC  par la sociologie des usages des technologies de l’information et de la communication[9], nous avons débouché sur la sociologie de l’espace  public,  les deux aspects trouvant leur compte dans la sociologie des médias et de la communication. Cela a aussi donné naissance à plusieurs ouvrages écrits dans ce sillage et plus particulièrement en deux vagues :

  • La première vague résulte  de deux ouvrages sur l’espace public en RD Congo notamment :
  •  De l’espace public aux élections en RD Congo. Lectures plurielles et regards croisés ;
  • Espace public à l’épreuve de l’incertitude politique En RD Congo.  Chronique des libertés et de la contre-démocratie [10] .
  • La  deuxième vague, intervenant à la suite de l’entrée dans l’arène publique du programme de 100 jours de Félix-Antoine Tshisekedi avec une certaine clameur publique essentiellement animée par Parlons-en et Le Débat,   donne les ouvrages ci-après :
  •   Au seuil d’un  nouveau cycle de l’énonciation politique congolaise. Montée en puissance du paradigme de la redevabilité ; 
  • Enjeux du programme de 100 jours de F-A. Tshisekedi Tshilombo. Vers le remodelage et la recomposition de l’espace public  congolais[11].

C’est dans cette trajectoire qu’une fenêtre a été ouverte sur  l’énonciation politique par la lecture de jeu de rôle des protagonistes. Dans ce prolongement, en recueillant des matériaux sonores des émissions Parlons-en et Le Débat pour les analyses précédentes,  nous avons cru percevoir ce jeu. Cet ouvrage tient justement à décrire cette expérience de parcours. Ne faudrait-il pas admettre aujourd’hui que Top Congo Fm semble être le média  autochtone ayant une telle audience, une telle couverture  et une telle parcelle d’influence nationale. Nous considérons aussi que cet organe médiatique mérite un couronnement pour sa participation citoyenne bien accomplie depuis bientôt deux décennies. Cela fera justice.

Dans cette logique, nous  obtenons quatre  quartiers :

  • Le voyage  sociologique dans l’organisation de Top Congo Fm fait un recours à la sociologie des organisations médiatiques  en  considérant les présuppositions théoriques, un  regard sur  l’aspect organisationnel et structurel  ainsi que différents atouts qui résultent de la médiagérance et de l’infogérance  mises en place ;
  • Le parcours  des  émissions Parlons-en et Le Débat concoure à leur présentation empirique  pour en connaitre la substance, les visées distinctes, le contenu essentiel, etc. ;
  • Les entrées dans l’audible informationnel des hommes ordinaires comme énonciation politique de Top Congo Fm à travers Parlons-en et Le Débat  mettent en œuvre le premier élan des différents  rapports de pouvoir  des acteurs en cause en fonction de leurs  propos ;
  • Enfin, l’accès à la mise en scène discursive de l’énonciation politique dans l’audible informationnel institutionnel dans Parlons-en et Le Débat est un parti-pris pour le travail des journalistes  dans une insertion  comme quatrième pouvoir en interaction avec les autres catégories des pouvoirs qui sont forcément institutionnels. 

Le problème de pouvoir des médias étant complexe, nous allons user du paradigme de complexité surtout dans l’ordre théorique avec la mise en écart d’une théorie référentielle. À chaque chapitre correspondra des entrées  théoriques subséquentes justifiant  la prise de position évaluative. Les matériaux sonores recueillis ayant servi à trouver des « mobilisateurs » couvrent essentiellement la période de janvier  au mois de mai 2020. Nous avons constitué une banque des contenus de quelques émissions de Parlons-en et Le Débat pour parer et faire face au caractère passager et éphémère des produits informationnels fournis par un organe médiatique. Du point de vue méthodologique, cette posture permet de marquer une certaine distanciation  qui offre aussi la possibilité de multiple reprise et  lecture. Nous avons aussi considéré que six mois sous ces conditions peuvent permettre d’atteindre en termes de méthodologie qualitative un certain degré de  saturation.

 II. Quelques illustrations

Certes, beaucoup des mobilisateurs sont alignés dans cette étude, nous nous portons sur quelques-uns qui peuvent d’entrée de jeu situer le contenu de notre œuvre. 

2. Première illustration

Biso toza relais ya barumeurs té
Biso toza relais ya bainjures  té
Pardon papa émission ya lelo eza na cadre wana té.   Esengili kotosa émission. Soki olingi zela  Parlons-en  ya libre antenne. Tosa émission

Il y a un jeu qui se réalise entre protagonistes. En effet,  l’injure est récusée dans le jeu en dépit de la force qu’elle donne à la  communication politique. Le positionnement se joue à  quatre niveaux :

  1. Les auditeurs intervenants  pour se focaliser  sur l’assertif  par la  dénonciation, la critique ;
  2. Le gouvernant  est fixé sur ce qu’il peut attendre de cet audible  informationnel par la convocation  du meilleur argument que sollicite la démocratie ;
  3. Les animateurs se positionnent face à leur organisation qui a fixé les règles de jeu  pour ne pas perdre la face ;
  4. Les allocutaires  trouvent leur compte.

Quatre  logiques sont défendues par ces énoncés : la logique de recadrage, la logique d’insertion organisationnelle  et corporative, la logique  du meilleur argument et la logique de construction de l’ennemi.

2. Deuxième illustration

Ndenge Christian alingi kopesa bamasques, alingi kosala politique ? Ngayi nakotikela jamais kosala politique.

Autant vraisemblable que cela puisse paraitre,  ces énoncés mettent en exergue :

  • L’enjeu de l’imaginaire sociétal global qui veut que celui qui entre dans l’assistance de substitution  pose un acte politique qui l’approche du pouvoir institutionnel. La logique de la radio actrice l’amène vers ces frontières du reste poreuses.
  • Le double jeu concurrentiel  d’allocation de pouvoir  informationnel  et politique ;
  • Le positionnement en termes de coût face  à la régulation de cette corporation impose d’écarter  tout acteur de la profession qui a un mandat politique, ce qui va amener Christian à se mettre à dos son métier de prédilection  avec un impact considérable sur bien d’aspects.  Autrement dit,   tout va s’arrimer sur la négation de :
Christian ya moto okotaka na couloir
Christian ba jours oyo akoti na couloir té?
Thierry,  Christian aza wapi azo yokana té, yé moto akotaka na couloir ?

Garder sa position actuelle   embrasse le paradigme de la rationalité par la prise en compte du coût de l’action à venir  en termes d’avantages et inconvénients relatifs.

3. Troisième illustration

Pona nini Thierry ozo kotela badéputés. Biso to vota bango. Mais, basundoli biso na tangu ya pasi. Baza wapi po ba pesa bamasques ?
Le Débat eza émission oyo elobelaka biso, oyo toyebisa bakonzi makombo na biso. Po na nini Christian azo loba ke ba confiner Kinshasa. Tokolia nini ? Nazali na bana, na kosali nini ?
Christian en fait trop !

On active ici pour Top Congo à travers l’idée de chien de garde une distorsion de la logique sociale étant donné que ces considérations  portent sur la remise en cause :

  • S’agit-il d’un ralliement aux puissants contre les faibles ;
  • Ou à l’inverse s’agit-il d’une connivence avec les  faibles contre les puissants ?

En ce moment, il se pose des questions sur les routines qui amènent à détecter la valeur informative de l’événement ou des faits. Pour autant, ndeko Thierry ozali très exigeant comme le dit Eteni Longondo, ou Christian journaliste ebetelaka moto maboko té ou encore bozali ba journalistes de Jolino Makelele, le jeu  permet de saisir la dialectique devant les demandes sociales des uns et des autres.

La Rédaction


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