La République démocratique du Congo pleure l’un de ses plus grands artistes. Chéri Chérin, de son vrai nom Joseph Kinkonda, s’est éteint dimanche 19 octobre à l’âge de 70 ans. Figure majeure de la peinture populaire kinoise, il laisse derrière lui une œuvre foisonnante et un héritage artistique inestimable.
Né le 16 février 1955 à Kinshasa, Chéri Chérin incarnait la verve, l’humour et la profondeur de la culture congolaise. Son pseudonyme, qu’il déclinait fièrement comme l’acronyme de « Créateur Hors (série) Expressionniste Remarquable Inégalable, Naturaliste », résumait à lui seul sa vision de l’art : libre, expressif et ancré dans le réel.
Dans les années 1970, alors que le Zaïre vit un âge d’or culturel, il s’impose comme l’un des fers de lance de la peinture populaire aux côtés de Moké et Chéri Samba. Sur ses toiles hautes en couleur, il raconte Kinshasa et ses habitants : la débrouille, les injustices, la joie, la politique, la foi et la rue. « Moi, je suis né avec le dessin. Personne ne me dépasse », aimait-il dire, sans arrogance, mais avec la conviction tranquille d’un maître conscient de sa mission.
Un artiste du peuple, un miroir de la société
Révolutionnaire dans l’âme, Chéri Chérin s’était affranchi de l’académisme des Beaux-Arts pour peindre la vie réelle. Ses tableaux, à la fois satiriques et poétiques, reflétaient les contradictions de la société congolaise. Il y célébrait les sapeurs, dénonçait la corruption, interrogeait les rapports hommes-femmes et rappelait sans cesse que l’artiste congolais « a l’obligation morale de transmettre un message d’amour, d’espoir et de joie ».
Ses œuvres ont traversé les frontières : exposées à Paris, Bruxelles, Abidjan ou Johannesburg, elles ont fait rayonner l’art congolais dans le monde. Son passage remarqué sur TV5 Monde avait d’ailleurs consacré sa stature internationale, confirmant Chéri Chérin comme l’un des grands ambassadeurs culturels du Congo.
Un héritage immortel
Au-delà de la reconnaissance, Chéri Chérin était un formateur, un conteur et un philosophe du pinceau. Dans son atelier de Bandalungwa, il a formé plusieurs jeunes artistes aujourd’hui porteurs de son héritage.
« La peinture populaire congolaise perd un pilier », réagit la Mutuelle congolaise des artistes plasticiens, dans un communiqué publié lundi matin. Mais dans les rues de Kinshasa, ses couleurs continuent de vivre — sur les murs, dans les regards, dans les rêves de ceux qu’il a inspirés.
Chéri Chérin n’était pas qu’un peintre : il était une école à lui seul, un témoin du Congo vivant, un poète de la couleur et un maître de la narration visuelle. Le GOAT de la peinture populaire congolaise s’en est allé, mais son œuvre, elle, demeure éternelle.
François Kitoko
