Souveraineté financière : l’Afrique lance un mécanisme pour combler son déficit d’infrastructures

En marge du 39e sommet de l’Union africaine, les dirigeants du continent ont officialisé la création du Mécanisme de financement des infrastructures africaines (AIFF). Une plateforme qui entend mobiliser l’épargne locale pour répondre à un besoin annuel estimé à 221 milliards de dollars.

C’est un pas supplémentaire vers ce que les dirigeants du continent appellent la « souveraineté financière ». Le 14 février 2025, lors du troisième Dialogue présidentiel de haut niveau de l’Alliance des institutions financières multilatérales africaines (AAMFI), le Mécanisme de financement des infrastructures africaines (AIFF) a été officiellement lancé.

Placé sous le patronage de John Dramani Mahama, ancien président du Ghana et « champion » de l’Union africaine pour les institutions financières, ce nouvel outil vise à lever les verrous qui paralysent les grands projets transfrontaliers de l’Agenda 2063.

Le paradoxe des capitaux africains

Le constat dressé lors de ce sommet est sans équivoque : l’Afrique souffre moins d’un manque de ressources que d’un défaut de canalisation de celles-ci. Selon M. Mahama, les réserves de capitaux nationaux sur le continent dépassent les 2 500 milliards de dollars. « Le défi n’est pas la disponibilité des capitaux, mais la manière dont nous les déployons intentionnellement dans les infrastructures », a-t-il souligné, pointant du doigt la dépendance aux systèmes financiers extérieurs qui évaluent souvent de manière erronée le risque africain.
Actuellement, le déficit de financement pour les infrastructures est abyssal, estimé à environ 221 milliards de dollars par an jusqu’en 2030. Pour Mme Francisca Tatchouop Belobe, commissaire à l’UA, l’AIFF doit permettre de passer de la volonté politique à l’exécution technique en harmonisant les interventions.

Sortir de la fragmentation

L’un des principaux obstacles identifiés par les experts de l’AAMFI, qui regroupe des institutions telles qu’Afreximbank ou l’Africa Finance Corporation, est la fragmentation des marchés. Trop de projets prioritaires stagnent, faute d’une préparation adéquate ou d’un alignement avec les exigences des capitaux à long terme.
« L’AIFF a été conçu pour remédier au décalage entre l’approbation politique et l’exécution financière », a précisé le Dr George Elombi, d’Afreximbank. En mettant en commun les bilans des institutions multilatérales africaines, qui représentent déjà plus de 70 milliards de dollars, le mécanisme espère créer un effet de levier suffisant pour attirer les investissements privés et publics nationaux.

Un cadre institutionnel renforcé

Le lancement de l’AIFF s’inscrit dans une refonte plus large de l’architecture financière du continent. La rencontre s’est d’ailleurs conclue par un acte symbolique fort : le dépôt par la République du Cameroun de l’instrument de ratification du protocole relatif au Fonds monétaire africain (FMA).
Pour les observateurs, cette avancée, couplée à la montée en puissance de l’« Africa Club » (AAMFI), dessine les contours d’un écosystème financier capable de soutenir la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf). La transition vers une présidence de l’AAMFI assurée par le Dr Corneille Karekezi, PDG d’Africa Reinsurance Corporation, devrait confirmer cette stratégie de partage des risques et de mutualisation des ressources.

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