Routes nationales, ponts, voiries urbaines, rocades et projets de mobilité moderne figurent parmi les priorités du gouvernement du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, qui entend renforcer l’intégration territoriale d’un pays-continent de plus de 2,3 millions de kilomètres carrés. Aux côtés du porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, le Ministre des Infrastructures, John Banza Lunda a indiqué mardi lors d’un briefing que le réseau de routes revêtues est passé de 3 000 km à 8 000 km en cours d’asphaltage ou déjà asphaltés, avec pour objectif d’atteindre 23 000 km à court terme puis 60 000 km d’ici dix ans. Il a également annoncé que 301 ponts ont été construits ou réhabilités et que les travaux se poursuivent sur plusieurs axes stratégiques, notamment les RN1, RN2, RN4, RN6, RN7 et la route Kananga–Kalambambuji.
Pour le Gouvernement, le développement des infrastructures constitue un levier essentiel de croissance économique, d’intégration nationale et de réduction des inégalités territoriales.
« Le pays bouge. Les chantiers sont partout et c’est réel », a affirmé le ministre John Banza, soulignant que le gouvernement travaille à la reconstitution d’un réseau routier national capable de relier efficacement les provinces et les centres économiques.
Parmi les projets phares figure la Route Nationale n°1 (RN1), principal axe routier du pays. Longue d’environ 3 300 kilomètres, elle relie le corridor atlantique de Muanda, dans le Kongo Central, aux provinces du sud-est du pays. Selon le gouvernement, plus de 2 500 kilomètres ont déjà été réalisés ou modernisés.
La Route Nationale n°2 (RN2) constitue un autre projet majeur. Cet axe stratégique de 1 080 kilomètres reliera Mbuji-Mayi à Bukavu en traversant plusieurs provinces du centre et de l’est du pays. Le projet comprend la construction de la première autoroute moderne de la RDC, dotée de deux fois deux voies, ainsi qu’un pont de 714 mètres sur la rivière Lomami, présenté comme le deuxième plus long pont du pays.

Des corridors pour connecter les provinces
Au-delà de la RN1 et de la RN2, plusieurs autres corridors nationaux sont en cours de développement :
• La RN4, reliant Kisangani à Beni, fait actuellement l’objet d’une réorganisation afin d’accélérer l’exécution des travaux.
• La RN7, destinée à relier Kananga à Kisangani à travers les provinces du Sankuru et de la Tshuapa, a achevé sa phase d’études et devrait entrer prochainement en phase de contractualisation.
• La RN6, dans la région du Nord-Ubangi et de la Mongala, vise à renforcer la connectivité entre Zongo, Gemena, Lisala, Bumba et Kisangani.
• La RN12 et la RN16, dans le Kongo Central, doivent améliorer les liaisons entre plusieurs centres économiques et ruraux de la province.
• La RN17 et la RN8 participeront à la connexion des provinces du Grand Bandundu et de l’Équateur aux grands corridors nationaux.
Ces projets s’inscrivent dans une vision de réaménagement du réseau routier national afin de renforcer les échanges commerciaux et faciliter la circulation des personnes et des biens.
Le gouvernement met également l’accent sur les infrastructures urbaines. Bien que la voirie relève constitutionnellement des compétences provinciales, l’État central affirme accompagner plusieurs gouvernements provinciaux dans la modernisation de leurs villes.
Des travaux de voirie sont en cours ou programmés dans plusieurs centres urbains, notamment à Bunia, Mbuji-Mayi, Kalemie, Lisala, Bumba, Kabinda, Tshikapa, Lodja, Lubefu et Lumumba-Ville.
Selon le ministre des Infrastructures, Bunia et Mbuji-Mayi figurent déjà parmi les exemples de villes ayant connu une transformation significative grâce aux investissements récents dans les infrastructures routières urbaines.
Mobilité urbaine à Kinshasa et normalisation du secteur

Avec une population estimée à plusieurs millions d’habitants, Kinshasa demeure confrontée à d’importants défis de mobilité. Pour répondre à la congestion croissante, le gouvernement a présenté plusieurs projets structurants dont la construction des rocades sud et nord de Kinshasa ; un viaduc reliant les deux rocades à travers la baie de Ngaliema ; un viaduc central reliant la Gare Centrale à l’aéroport international de N’djili ; le projet TRAC de modernisation du boulevard Lumumba ; la mise en place d’un réseau de tramway urbain dont la première ligne devrait être opérationnelle à partir de 2027.
Ces projets visent à améliorer la circulation, réduire les embouteillages et moderniser les infrastructures de transport de la capitale.
Au-delà des ouvrages physiques, le gouvernement entend également renforcer le cadre technique du secteur.
La première Conférence nationale sur les infrastructures, organisée sous l’impulsion du président Félix Tshisekedi, a débouché sur une résolution majeure : l’élaboration des premières normes nationales congolaises dans le domaine des travaux publics.
Selon le ministre John Banza, près de 350 normes techniques devraient être produites dans les prochains mois afin d’améliorer la qualité, la sécurité et la durabilité des infrastructures.
« Depuis l’indépendance, le pays ne disposait pas de ses propres normes dans le domaine des travaux publics. C’est un acte fondateur qui va structurer durablement le secteur », a-t-il expliqué.
Un enjeu politique et économique majeur

Le gouvernement présente ces réalisations comme la traduction concrète de la politique de développement du président Félix Tshisekedi. Le Gouvernement estime que les infrastructures constituent la base indispensable de l’intégration économique nationale, de l’amélioration des conditions de vie des populations et de l’attractivité du pays pour les investisseurs.
Malgré les critiques de l’opposition sur le rythme et l’ampleur des réalisations, le ministre Banza affirme que les progrès sont visibles sur l’ensemble du territoire et que plusieurs projets structurants entreront dans une phase décisive au cours des prochaines années.
Dans un pays longtemps marqué par le déficit d’infrastructures et l’enclavement de nombreuses régions, le défi demeure immense. Mais pour le gouvernement congolais, la modernisation du réseau routier et urbain représente désormais l’un des principaux moteurs de la transformation économique nationale.
François Kitoko
