Face à la faible participation des transporteurs congolais dans l’exportation des ressources minières, le gouvernement passe à l’offensive. L’Autorité de Régulation de la Sous-traitance dans le Secteur Privé (ARSP) annonce un moratoire de 60 jours pour contraindre les entreprises à appliquer une mesure réservant 50 % des marchandises aux opérateurs nationaux.
Cette décision intervient après un constat jugé préoccupant : sur plus de 3 millions de tonnes de cuivre exportées chaque année, les transporteurs congolais ne représentent qu’environ 1 % du volume total.
La question a été au centre d’une réunion stratégique réunissant le vice-Premier ministre en charge des Transports, Jean-Pierre Bemba Gombo, le directeur général de l’ARSP, Miguel Kashal Katemb, et le président de la Fédération des Entreprises du Congo (FEC), Robert Malumba.
Au cœur des échanges : l’application effective de l’arrêté ministériel n°39/2024 du 12 décembre 2024, signé par Jean-Pierre Bemba, qui impose à toute entreprise opérant dans le transport routier de marchandises à l’exportation de réserver au moins la moitié de ses activités aux transporteurs congolais.
Selon des sources proches du dossier, cette rencontre marque une volonté politique claire de sortir d’une longue période d’inaction, l’arrêté étant en vigueur depuis plus d’un an sans réelle application.
“Un enjeu vital pour l’économie nationale” (Miguel Kashal Katemb)
Prenant la parole, le directeur général de l’ARSP a dressé un constat sans équivoque : « Notre pays exporte plus de 3 millions de tonnes de cuivre, mais nous constatons qu’il n’y a pratiquement aucun transporteur congolais. Leur part est d’environ 1 % dans l’évacuation des minerais », a déclaré Miguel Kashal Katemb.
De manière indirecte, il a souligné que cette situation résulte d’un déficit d’application des textes existants, malgré les efforts de sensibilisation menés notamment auprès de la FEC. « L’arrêté existe depuis plus d’une année, mais il n’est pas appliqué. Il est temps de passer à l’action, car il en va du salut de notre économie », a-t-il insisté.
Pour inverser la tendance, l’ARSP annonce la mise en place imminente d’un moratoire de 60 jours, qui servira de mise en demeure aux entreprises concernées. Durant cette période, les acteurs du secteur seront appelés à se conformer volontairement aux exigences légales, avant d’éventuelles sanctions.
Selon Miguel Kashal Katemb, cette approche vise à concilier rigueur réglementaire et préservation du climat des affaires, une priorité affichée par les autorités. « Nous allons assurer un suivi rigoureux, tout en veillant à ne pas affecter le climat des affaires, qui reste une priorité pour le Président de la République », a-t-il précisé.
Promouvoir le contenu local et renforcer les PME
Au-delà de l’aspect réglementaire, cette initiative s’inscrit dans une vision plus large : renforcer le contenu local et positionner les entrepreneurs congolais au cœur de l’exploitation des ressources naturelles.
De manière indirecte, le directeur général de l’ARSP a salué les réformes engagées depuis plusieurs années en faveur du secteur privé national, estimant qu’elles traduisent une volonté politique de rupture avec les pratiques du passé. « Il s’agit de promouvoir et de protéger le contenu local, en donnant aux entrepreneurs congolais une place centrale dans la chaîne de valeur », a-t-il affirmé.
Avec cette mesure, les autorités congolaises entendent corriger un déséquilibre structurel dans le secteur du transport des minerais, longtemps dominé par des opérateurs étrangers. L’objectif est clair : accroître la participation locale, stimuler les PME et capter davantage de valeur ajoutée au niveau national.
Le compte à rebours est désormais lancé pour les entreprises concernées, appelées à se conformer à la réglementation avant l’expiration du moratoire.
François Kitoko
