La République démocratique du Congo est de nouveau confrontée à une épidémie d’Ébola, la 17ᵉ recensée sur son territoire. Face à une situation jugée préoccupante par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le gouvernement congolais assure avoir déjà activé une stratégie de riposte articulée autour du suivi sanitaire, de la mobilisation logistique, de la communication publique et de la coordination institutionnelle.
Selon les chiffres évoqués par le ministère de la Santé publique, 139 décès suspects et près de 600 cas probables ont été enregistrés dans l’Est du pays. Toutefois, les autorités appellent à la prudence dans l’interprétation de ces données, soulignant que tous les cas ne sont pas encore confirmés par des analyses biologiques.
Lors d’un entretien accordé à France 24, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya Katembwe, a reconnu la gravité de la situation tout en insistant sur l’expérience acquise par le pays dans la gestion de ce type de crise sanitaire.
« Nous ne pouvons qu’être préoccupés parce qu’une épidémie touche nos populations. Mais nous avons l’expérience et l’expertise qu’il faut », a-t-il déclaré.

Une riposte déclenchée dès les premiers signaux
Le gouvernement affirme avoir activé rapidement son dispositif d’intervention après une alerte communautaire reçue le 5 mai. Dix jours plus tard, l’épidémie était officiellement déclarée, tandis que le ministre de la Santé se rendait en Ituri pour coordonner les opérations sur le terrain.
Patrick Muyaya explique que le gouvernement a suivi le protocole international dit « 7-1-7 », qui vise à détecter rapidement les cas, identifier la souche concernée et déployer les mesures de contrôle.
Les zones les plus touchées restent localisées en Ituri, notamment dans les aires de santé de Mongwalu, Rwampara, Bunia et Nyakunde. Des cas ont également été signalés à Butembo et à Goma, où des équipes assurent le suivi épidémiologique.
Une souche moins létale, mais des inquiétudes persistent
Le ministre Muyaya a indiqué que la souche identifiée est celle dite « Bundibugyo », considérée comme moins létale que la souche Zaïre qui avait frappé le pays lors d’épidémies précédentes.
Il a rappelé que la RDC avait déjà réussi à vaincre des flambées d’Ébola, sans vaccin disponible, grâce à une expertise scientifique locale renforcée au fil des années.
Cependant, plusieurs défis compliquent la riposte actuelle. Sur le terrain, des médecins et observateurs évoquent des difficultés logistiques, notamment dans l’acheminement des prélèvements vers Kinshasa et l’insuffisance de certains équipements médicaux.
Le gouvernement reconnaît l’existence de contraintes, particulièrement dans une région où les distances sont considérables.
« Les moyens logistiques, nous en avons énormément besoin », a admis le porte-parole du gouvernement, rappelant que certaines zones affectées se trouvent à plus de 2 000 kilomètres de la capitale.
Kinshasa affirme néanmoins avoir mobilisé ses ressources et appelle à une coopération accrue avec les partenaires internationaux, parmi lesquels l’OMS et l’UNICEF.
Communication et sensibilisation au cœur de la stratégie

Au-delà de la prise en charge médicale, les autorités veulent éviter que les rumeurs et les croyances populaires ne compliquent davantage la gestion de la crise.
Des témoignages rapportent en effet que certaines communautés attribuent encore les décès à des causes mystiques ou à la sorcellerie, tandis que certains discours religieux minimiseraient l’importance des mesures sanitaires.
Le gouvernement entend donc renforcer la communication publique à travers les médias, les relais communautaires et les structures locales.
Les principales mesures préventives rappelées aux populations incluent le lavage régulier des mains, l’évitement des contacts avec les personnes infectées et une vigilance accrue lors des cérémonies funéraires, traditionnellement identifiées comme des vecteurs importants de transmission.
Patrick Muyaya n’exclut pas non plus la réactivation de certains dispositifs déjà utilisés lors des précédentes épidémies, notamment des centres spécialisés de traitement, des espaces d’isolement et des mesures renforcées dans les établissements scolaires.
L’insécurité régionale complique la réponse sanitaire
La situation sécuritaire dans l’Est du pays constitue également un facteur supplémentaire d’inquiétude. Le gouvernement estime que les tensions armées et les restrictions d’accès dans certaines zones pourraient entraver la circulation des équipes médicales et du matériel sanitaire.
Kinshasa souligne particulièrement les difficultés liées à certaines zones sous occupations rwandaise, où l’accès humanitaire demeure complexe.
Malgré ces obstacles, les autorités congolaises affichent une certaine confiance quant à leur capacité à contenir la propagation. « Tous les dispositifs seront mis en œuvre parce qu’il s’agit d’éviter une propagation de la maladie », a assuré Patrick Muyaya.
Pour le gouvernement congolais, la bataille contre cette nouvelle flambée d’Ébola repose désormais sur une combinaison entre expérience sanitaire, coordination institutionnelle et adhésion des populations aux mesures de prévention.
François Kitoko
