La peste des petits ruminants (PPR), maladie dévastatrice pour le bétail, progresse inexorablement vers le sud de l’Afrique. Pour endiguer cette menace, les pays de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), avec l’appui du Bureau interafricain des ressources animales de l’Union africaine (UA-BIRA), de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et de l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA), orchestrent une réponse régionale inédite. Réunis à Lusaka du 25 au 27 août, les acteurs clés du secteur entendent établir une zone tampon destinée à protéger les régions encore épargnées.
Maladie hautement contagieuse, la PPR cible les chèvres et les moutons, decimant jusqu’à 100 % des troupeaux non immunisés en quelques jours seulement. Si sept États membres de la SADC, dont l’Afrique du Sud, la Namibie et le Botswana, bénéficient aujourd’hui du statut officiel de zone indemne reconnu par l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA), la pression infectieuse s’accentue au nord, où des foyers actifs issues d’Afrique centrale et orientale menacent de franchir les frontières.
Financée par l’Union européenne, la réunion de Lusaka rassemble autorités vétérinaires, décideurs politiques et experts internationaux. Ensemble, ils doivent valider les contours opérationnels et géographiques d’un « bouclier sanitaire » régional. Celui-ci concernera in fine plusieurs pays identifiés comme particulièrement exposés : l’Angola, la Tanzanie, la Zambie, ainsi que la République démocratique du Congo (RDC), le Rwanda et le Burundi.
Trois objectifs principaux structurent cette initiative : empêcher la propagation de la PPR vers le sud, renforcer les capacités de surveillance et de contrôle aux frontières, et consolider les mécanismes régionaux de réponse rapide. « Cette zone tampon est bien plus qu’une mesure technique ; elle incarne une solidarité régionale et une responsabilité partagée », souligne le Dr Hiver Boussini, responsable santé animale au Bureau interafricain des ressources animales de l’Union africaine (UA-BIRA). « Protéger les troupeaux, c’est préserver la sécurité alimentaire et les revenus de millions de familles. »
À l’issue des travaux, les participants devront produire une déclaration commune, un plan d’action régional détaillé – incluant des campagnes de vaccination ciblées – et acter la création d’une instance de coordination dédiée. Cette feuille de route s’inscrit dans le cadre plus large du Programme panafricain d’éradication de la PPR 2023-2027, lui-même aligné sur l’Agenda 2063 de l’Union africaine et les objectifs de développement durable des Nations unies.
Une maladie aux conséquences socio-économiques majeures
Classée parmi les maladies animales les plus redoutées par l’OMSA, la PPR frappe particulièrement les petits éleveurs, creusant l’insécurité alimentaire et la pauvreté rurale. Les femmes, souvent en première ligne dans la gestion des petits ruminants, subissent de plein fouet ses conséquences. Son éradication totale à l’horizon 2030 constitue une cible prioritaire pour l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’OMSA.
La réussite de ce projet de zone tampon en Afrique australe représente donc un enjeu critique, tant pour la stabilité économique régionale que pour l’avenir de la lutte contre la PPR à l’échelle du continent.
