Longtemps considéré comme une structure administrative marginale et sans réelle activité, le Service National (SN) de la République démocratique du Congo est aujourd’hui présenté par ses dirigeants comme l’un des piliers de la politique de reconstruction nationale portée par le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo.
Invité de l’émission « Ce Congo qui avance » sur Univers TV, le Lieutenant-Général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, Commandant du Service National, a dressé un bilan détaillé de la renaissance de cette institution qu’il dirige depuis plusieurs années.
« Lorsque j’arrive au Service National, c’était un peu difficile, parce qu’il n’y avait aucune activité opérationnelle. Il n’y avait ni formation, ni production agricole, ni encadrement, rien », a déclaré le Lt. Gén. Kabwik.
Selon lui, l’organisme n’existait alors « que de nom » et souffrait d’un manque chronique de ressources, d’un personnel vieillissant et d’une absence totale de projets structurants.
Le tournant de 2020

Pour le Lieutenant-Général Kasongo Kabwik, le véritable changement intervient en 2020 après une rencontre avec le Président Félix Tshisekedi.
« Ma rencontre avec le Président de la République, le Commandant Suprême, c’est ce qui a tout changé », affirme-t-il.
Il explique que le Chef de l’État s’était déjà intéressé au devenir du Service National et aurait décidé de lui fournir des moyens financiers, logistiques et matériels importants afin de relancer ses activités.
« Il avait une vision claire du Service National et il mettait également des moyens à notre disposition », souligne-t-il.
La réinsertion des jeunes au cœur du projet



L’une des missions les plus visibles du Service National concerne l’encadrement et la réinsertion des jeunes en situation de marginalisation, notamment ceux communément appelés « Kuluna », gangs urbains qui sévissent dans plusieurs quartiers de Kinshasa.
Le Lieutenant-Général affirme que plusieurs milliers de jeunes ont déjà bénéficié d’un programme de formation civique, patriotique et professionnelle.
« Ils ont appris un métier. Parmi eux, nous avons des mécaniciens, des chauffeurs, des maçons, des électriciens, des carreleurs, des ouvriers agricoles et des éleveurs », explique-t-il.
Selon lui, nombre de ces jeunes sont aujourd’hui intégrés au sein du Service National ou réinsérés dans la société. « Ils sont devenus de bons citoyens. Plusieurs ont fondé leurs familles et mènent aujourd’hui une vie normale », assure le Commandant du Service National.
Une nouvelle vague de jeunes devrait prochainement être recrutée, y compris sur base volontaire.
Kaniama Kasese, vitrine de l’ambition agricole congolaise




Le centre de Kaniama Kasese, dans la province du Haut-Lomami, est présenté comme le symbole de cette transformation.
Le Général Kasongo affirme que cette ferme couvre actuellement près de 10 000 hectares cultivés et pourrait produire jusqu’à 40 000 tonnes de maïs cette année.
« Kaniama Kasese, c’est aujourd’hui 10 000 hectares emblavés et une production de 40 000 tonnes de maïs », déclare-t-il.
Selon lui, cette production contribue à réduire les pénuries alimentaires observées dans plusieurs provinces du pays. « Nous sommes en train de construire l’autosuffisance alimentaire de manière concrète, pas sur papier », insiste-t-il.
Le Service National exploite également d’autres fermes dans le Haut-Katanga, le Lualaba, le Kongo Central et prévoit d’étendre ses activités au Kasaï Central.
Des ateliers pour soutenir l’éducation nationale


Au-delà de l’agriculture, le Service National développe un vaste réseau d’ateliers de menuiserie destinés à produire des bancs scolaires et du mobilier pour les écoles publiques.
Des unités de production sont déjà opérationnelles à Kinshasa, Lubumbashi, Mbuji-Mayi, Kananga et dans le Kongo Central.
« Notre ambition est d’avoir au moins un atelier de menuiserie dans chaque province », indique-t-il.
Ces infrastructures visent notamment à accompagner la politique de gratuité de l’enseignement mise en œuvre par le gouvernement.
« La gratuité de l’enseignement doit être soutenue par les infrastructures. C’est pourquoi nous fabriquons des bancs pour les écoles publiques », explique-t-il.
Vers une industrialisation progressive

Le Commandant du Service National annonce également l’ouverture prochaine d’une importante unité de confection dans la commune de la N’Sele à Kinshasa. L’usine devrait produire des uniformes, sacs, casquettes, chaussettes et autres équipements.
« Ce sera le plus grand atelier de confection d’Afrique centrale, avec une superficie de 5 500 mètres carrés », affirme-t-il.
Une cordonnerie industrielle est également projetée afin de valoriser les peaux issues des élevages du Service National et produire des chaussures civiles et militaires.
Des ambitions encore plus grandes

Malgré les résultats qu’il juge encourageants, Jean-Pierre Kasongo Kabwik estime que les objectifs restent largement supérieurs aux réalisations actuelles.
« Oui, je suis satisfait, mais pas totalement parce qu’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir », reconnaît-il.
Le Commandant évoque notamment l’objectif d’atteindre à terme une production agricole de près d’un million de tonnes et d’étendre la présence du Service National à l’ensemble des provinces du pays.
« Notre rêve, c’est de produire un million de tonnes et d’implanter le Service National dans chaque province », affirme-t-il.
Une nouvelle mission pour Kinshasa

Le Général Jean-Pierre Kasongo Kabwik a enfin évoqué avec prudence la nouvelle responsabilité qui lui a été confiée dans le cadre d’une Task Force chargée de l’assainissement de la ville de Kinshasa.
Sans entrer dans les détails, il reconnaît que la capitale congolaise fait face à d’importants défis urbains. « Le problème est connu de tous. La ville de Kinshasa a des problèmes de salubrité et d’assainissement », a-t-il déclaré.
Pour le Chef de l’État, Félix Tshisekedi, le Service National apparaît désormais comme un instrument stratégique destiné à combiner formation de la jeunesse, production agricole, industrialisation locale et soutien aux politiques publiques. Reste à savoir si les ambitions affichées pourront être maintenues à long terme et produire les effets escomptés à l’échelle d’un pays-continent confronté à d’immenses défis économiques et sociaux.
François Kitoko
