À Nairobi, en marge du sommet organisé par l’Africa Finance Corporation, les responsables du projet ont levé le voile sur l’état d’avancement du corridor ferroviaire Lobito, l’une des infrastructures les plus ambitieuses jamais lancées en Afrique subsaharienne. Et la RDC est au cœur du projet.
Le corridor de Lobito est un projet ferroviaire transcontinental qui doit relier le port angolais de Lobito à la Zambie, en traversant la RDC. C’est une artère logistique majeure pour l’exportation des minerais congolais et zambiens, cuivre, cobalt, lithium, vers les marchés mondiaux.
Samaila Zubairu, PDG de l’Africa Finance Corporation (AFC), a dressé un état des lieux précis. Les études sont terminées. Les évaluations d’impact environnemental et social ont été menées. Le plan d’action environnemental est finalisé. L’accord intergouvernemental et le contrat de concession ont été signés.
« La plupart des étapes préliminaires sont bouclées. Nous sommes maintenant dans la phase d’évaluation des offres pour la construction. »
Le projet est découpé en trois lots : le lot 1A couvre le tronçon angolais, le lot 1B couvre le tronçon zambien, et le lot 2 concerne les systèmes, signalisation, télécommunications, électrification. Neuf entreprises de construction venues de plusieurs pays ont visité le site il y a deux semaines. Leurs offres sont attendues en mai. Le choix du contractant principal interviendra entre juillet et août. Les travaux pourraient démarrer d’ici la fin de l’année ou début 2027.
Le financement : plus d’un milliard déjà engagé
Sur la question du financement, souvent le nœud qui bloque les grands projets africains, les nouvelles sont encourageantes. Plusieurs acteurs majeurs ont déjà pris position :
• L’Africa Finance Corporation a engagé 500 millions de dollars
• La Banque Africaine de Développement a engagé 320 millions de dollars
• Le gouvernement italien a engagé 320 millions de dollars
Plus d’un milliard de dollars est donc déjà mobilisé. Pour rendre le projet pleinement viable commercialement, les porteurs du projet tablent sur des volumes de fret de 2,5 à 3 millions de tonnes par an. Un million de tonnes est d’ores et déjà sécurisé sous forme d’engagements fermes.
Et la RDC dans tout ça ?
C’est la question que beaucoup de Congolais se posent, et Sameh Shenouda, directeur des investissements de l’AFC, y a répondu sans détour :
« La partie congolaise du corridor de Lobito n’est absolument pas oubliée. C’est une composante essentielle du projet. »
Il a précisé que le corridor comporte trois sections. Deux sont déjà opérationnelles, une en Angola, une en RDC. La troisième, entièrement nouvelle, relie la Zambie à l’Angola. C’est sur cette dernière que se concentrent actuellement les travaux de construction.
La section congolaise existante, en revanche, souffre d’une infrastructure vétuste. Des discussions sont en cours avec le gouvernement congolais pour sa réhabilitation, mais ces négociations progressent plus lentement que prévu.
« Ces conversations prennent un peu plus de temps que nous le souhaiterions. Mais le tronçon congolais reste une priorité. »
Un point technique a également été souligné : les trois sections du corridor partagent le même écartement de voie. Ce n’est pas un détail anodin. Si les rails avaient des calibres différents, il aurait fallu décharger et recharger les marchandises à chaque frontière, une contrainte logistique et économique majeure qui aurait considérablement réduit l’intérêt du projet. Ce n’est pas le cas, et c’est une bonne nouvelle pour la fluidité du corridor.
Ce que ça signifie pour le Congo
Le corridor de Lobito, une fois pleinement opérationnel, représente pour la RDC une opportunité économique considérable. Le cuivre, le cobalt et le lithium du grand Katanga pourraient rejoindre le port de Lobito en quelques jours plutôt qu’en plusieurs semaines par les routes actuelles. Les coûts logistiques baisseraient. La compétitivité des exportations congolaises sur les marchés mondiaux s’améliorerait mécaniquement.
Mais pour que cela devienne réalité, la réhabilitation du tronçon congolais ne peut pas rester indéfiniment en suspens. C’est le maillon manquant d’une chaîne qui, par ailleurs, avance.
L’Africa Finance Corporation a montré à Nairobi qu’elle sait mettre en mouvement des projets continentaux d’envergure. Le reste dépend, en partie, de Kinshasa.
