Révision constitutionnelle en RDC : Denis Mukwege met en garde contre une “dérive autoritaire”

Le Prix Nobel de la paix, Denis Mukwege, est monté au créneau contre le débat autour d’une éventuelle révision de la Constitution en République démocratique du Congo, qu’il considère comme une menace pour les principes démocratiques et la stabilité nationale.

Dans une déclaration rendue publique, le célèbre gynécologue congolais rappelle que le second et dernier mandat du Président Félix Tshisekedi prendra fin le 20 janvier 2029 et s’inquiète des discussions visant à permettre à l’actuel chef de l’État de briguer un éventuel troisième mandat.

« Avec le lancement du débat autour d’une possible révision constitutionnelle, les principes de base de la démocratie sont à nouveau en danger en RDC », affirme-t-il.

Une crise sécuritaire et institutionnelle

Pour Denis Mukwege, ce débat intervient dans un contexte particulièrement sensible, marqué par la guerre dans l’Est du pays et les tensions sécuritaires persistantes.

Il accuse la majorité présidentielle et l’Union sacrée de vouloir s’accrocher au pouvoir « au mépris du principe de l’alternance démocratique », dénonçant également « un système basé sur le culte de la personnalité ».

Le Prix Nobel estime qu’un éventuel référendum constitutionnel serait difficilement compatible avec les réalités sécuritaires actuelles.

« Si les raisons sécuritaires empêchent plus de 12 millions de citoyens du Nord et du Sud-Kivu de participer aux élections, les mêmes raisons empêcheraient l’organisation d’un référendum national », soutient-il.

“Le problème de la RDC n’est pas la Constitution”

Dans son message, Denis Mukwege rejette l’idée selon laquelle les difficultés du pays seraient liées aux textes constitutionnels.

« Notre pays a un très sérieux problème, non pas de textes légaux inadaptés ou imposés de l’extérieur, mais plutôt de femmes et d’hommes capables de le gouverner efficacement », déclare-t-il.

Le médecin congolais appelle plutôt les autorités à concentrer leurs efforts sur les priorités nationales, notamment la fin de la guerre dans l’Est et la restauration de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire.

Appel à la mobilisation citoyenne

S’appuyant sur les articles 219 et 220 de la Constitution, qui encadrent strictement les possibilités de révision constitutionnelle, Denis Mukwege exhorte les Congolais à défendre la Loi fondamentale et à rejeter toute tentative de dérive autoritaire.

« Les Congolaises et les Congolais doivent rejeter toute tentative de dérive autoritaire et éviter toute division pour rester unis face aux défis existentiels de la Nation », insiste-t-il.

Le Prix Nobel de la paix conclut son adresse par un appel aux forces vives du pays à préserver l’unité nationale et à œuvrer pour un État de droit fondé sur une véritable démocratie.

« Réaffirmons notre volonté commune de bâtir, au cœur de l’Afrique, un État de droit et une Nation puissante et prospère (…) et disons ensemble : “Touche pas à ma Constitution !” », conclut-il.

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