Marché Central de Kinshasa : les syndicats des commerçants unissent leurs forces et dénoncent des abus dans le processus de réattribution des emplacements

Face aux opérations de démolition, de dégagement forcé et de réaménagement des emprises publiques autour du Marché Central de Kinshasa, plusieurs organisations syndicales de commerçants ont décidé de faire front commun. Réunies ce dimanche lors d’un point de presse, elles ont annoncé la création de la Confédération des Syndicats des Commerçants du Congo (COSYCOCO), une coalition regroupant notamment la CSC, le SIRAP et le RANEECO.

Cette nouvelle plateforme syndicale entend défendre les intérêts des commerçants affectés par les récentes opérations menées aux abords des marchés Kato et de Crise, ainsi que par le processus en cours d’attribution des emplacements dans le nouveau Marché Central de Kinshasa, communément appelé « Zando ».

Une coalition pour défendre les commerçants

Dans sa déclaration liminaire, le président du SIRAP a souligné que la COSYCOCO soutient la vision du Président de la République, Félix Tshisekedi, visant à moderniser les infrastructures marchandes du pays. Toutefois, les syndicats dénoncent les méthodes employées lors des récentes opérations de démolition.

Selon eux, des milliers de commerçants ont subi la destruction de leurs étalages, la confiscation de leurs marchandises et l’incinération de leurs tables sans préavis préalable. Les organisations syndicales affirment que ces commerçants exerçaient légalement leurs activités et s’acquittaient régulièrement des taxes, patentes et autres redevances dues à l’État.

La COSYCOCO estime que ces mesures ont provoqué de lourdes conséquences sociales et économiques, notamment la perte de la clientèle, la destruction des outils de travail, l’interruption brutale des activités commerciales, l’aggravation de la précarité des familles ainsi que l’incapacité de nombreux commerçants à rembourser leurs crédits bancaires.

De graves accusations contre la DGMK

Prenant la parole au nom de la coalition, André Tshimanga a dénoncé ce qu’il qualifie de nombreuses irrégularités dans le processus d’identification et de réattribution des emplacements au sein du nouveau Marché Central.

Selon lui, depuis le lancement des travaux de reconstruction en 2021, les commerçants ont été soumis à plusieurs opérations d’identification ayant donné lieu à des perceptions financières répétées dont la gestion demeure opaque.

La COSYCOCO affirme qu’actuellement les requérants sont appelés à verser jusqu’à 20 dollars pour un étal, 100 dollars pour un kiosque, 250 dollars pour un magasin et jusqu’à 1 000 dollars pour une chambre froide, sans garantie d’obtenir effectivement un emplacement.

Les syndicats dénoncent également l’absence de contrats, de numéros d’attribution ou de documents attestant un quelconque droit après paiement. Ils accusent la Direction de Gestion du Marché de Kinshasa (DGMK) de pratiques assimilables à une « escroquerie administrative » au détriment des petits commerçants.

Ils affirment en outre que certains espaces proposés aux commerçants n’existeraient pas physiquement dans le nouveau marché et que la capacité d’accueil de l’infrastructure serait inférieure au nombre total de personnes identifiées.

Les principales revendications des syndicats

Face à cette situation, la COSYCOCO formule une série d’exigences auprès des autorités nationales et provinciales.

Parmi les revendications figurent :

  • Le rétablissement immédiat et sans condition des commerçants exerçant dans les marchés Kato et de Crise ;
  • La suspension des opérations actuelles liées au retour au Marché Central ;
  • Le retrait des militaires déployés autour des marchés concernés ;
  • L’audit complet de tous les fonds perçus dans le cadre des opérations d’identification ;
  • La publication détaillée des montants encaissés et du nombre exact de commerçants identifiés ;
  • La mise en place d’une commission inclusive associant la Présidence de la République, les autorités provinciales, l’administration du marché et les organisations syndicales ;
  • L’affichage public des listes complètes des bénéficiaires identifiés ;
  • La priorité absolue accordée aux anciens occupants du Marché Central lors de l’attribution des nouveaux espaces ;
  • Le remboursement des frais perçus auprès des commerçants dans le cadre des opérations d’identification ;
  • La fixation de loyers jugés accessibles, soit 10 dollars américains par mois pour un étal et 100 dollars pour un magasin.

La coalition demande également au Gouverneur de Kinshasa de procéder à la suppression pure et simple de la DGMK, qu’elle accuse d’opacité, d’inefficacité et de mauvaise gouvernance.

Menace de mobilisation générale

Les responsables syndicaux ont enfin lancé un appel à l’intervention personnelle du Président de la République afin de garantir la transparence du processus et la protection des droits des commerçants.

Ils préviennent que si leurs revendications ne sont pas prises en compte, la COSYCOCO se réserve le droit d’engager plusieurs actions de grande ampleur, notamment des recours devant les juridictions compétentes, des marches pacifiques, des sit-in et d’autres formes de mobilisation syndicale.

À travers cette nouvelle coalition, les syndicats des commerçants entendent désormais parler d’une seule voix face aux autorités et peser davantage dans les discussions relatives à l’avenir du Marché Central de Kinshasa.

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