Les présidents français Emmanuel Macron et russe Vladimir Poutine sont convenus de la « nécessité d’une désescalade » et d’une « poursuite du dialogue » dans la crise ukrainienne, selon la présidence française vendredi 28 janvier. La conversation téléphonique entre les deux dirigeants a duré plus d’une heure. Il ne se passe pas un jour sans que le Kremlin ne soit joint par un des membres de l’OTAN ou de l’Union européenne pour enclencher la désescalade dans la crise ukrainienne.
Kay Nietfeld/DPA via AP29 JAN 2022 Mise à jour 07.02.2022 à 11:03 par Séraphine Charpentier
Entretien. Le président français Emmanuel Macron se pose en médiateur dans la crise en Ukraine. Après plusieurs échanges téléphoniques, il devrait rencontrer son homologue russe Vladimir Poutine lundi 7 février à Moscou, avant de se rendre à Kiev le lendemain. Proximité entre les deux chefs d’État français et russes ou diplomatie froide, quelle relation partagent exactement la France et la Russie ? Éléments de contexte avec Marie Mendras, chercheure au CNRS et professeure à Sciences Po Paris.
TV5MONDE : Face à la crise actuelle en Ukraine, pourquoi le président français Emmanuel Macron continue-t-il à dialoguer avec Vladimir Poutine ?
Marie Mendras : Tous les chefs d’États et de gouvernements le font, ainsi que le secrétaire général de l’OTAN, les dirigeants de l’Union européenne et bien sûr, le président des États-Unis. L’attitude d’Emmanuel Macron n’est pas différente de la position générale, consensuelle et très solidaire, des 30 pays de l’OTAN et des 27 de l’Union européenne, face aux menaces russes qui déstabilisent non seulement l’Ukraine mais aussi les pays européens qui bordent l’Ukraine.
Les pays de l’OTAN sont d’accord sur le fait qu’il faut se préparer, au cas où Vladimir Poutine prenne la très mauvaise décision de reprendre une offensive militaire en Ukraine. Il est essentiel de rappeler que l’Etat russe mène un conflit armé au Donbass, à l’Est de l’Ukraine depuis le printemps 2014, tout en niant les faits. Les « séparatistes » ont été activés par Moscou, et sont soutenus par l’Etat russe sur le plan militaire, financier, économique. De plus, les services russes conduisent une guerre multi-vectorielle, combinant cyber-attaques, propagande, coupures du transit énergétique, distribution de passeports russes à plus d’un demi-million d’habitants du Donbass.
En même temps qu’une dissuasion militaire renforcée, les Occidentaux mènent une diplomatie très active et pressante. Il ne se passe pas une journée sans un appel à Vladimir Poutine ou Sergueï Lavrov du président Macron, du ministre Jean-Yves Le Drian et de leurs homologues allemands, britanniques, américains notamment.
TV5MONDE : Emmanuel Macron cherche-t-il à jouer un rôle particulier dans le conflit russo-ukrainien, à trois mois de l’élection présidentielle ?
Marie Mendras : La France a la présidence de l’Union européenne ce semestre, et tient à coordonner la stratégie de dissuasion face à Moscou. Avec le chancelier allemand, Emmanuel Macron relance le processus de Minsk, format de discussion proposé à la Russie et l’Ukraine en 2014. Il veut que l’UE ne soit pas reléguée au second plan, derrière l’OTAN et les États-Unis. Je ne pense pas qu’il soit guidé par des calculs de politique intérieure française. Certes, il souhaite être réélu à la tête de l’État, mais actuellement les pressions sont tellement brutales, qu’il n’y a pas de place pour des petits calculs franco-français.
By TV5
